La pause, sainte-pause…

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Théophile est rentré en plaine après 20 jours d’expédition collective (entre le 28 mai et le 16 juin). Il est rentré pour passer en vitesse les oraux du CAPES, à Rouen. On fait un point sur les vingt premiers jours, on en parle joyeusement, et on organise la suite.

 

LA PREMIERE PARTIE DU TOUR DE l’ISERE

Si on coupait le Tour de l’Isère en deux parties, on aurait finalisé la première, et certainement la plus facile des deux. Elle a permis de se mettre dedans et de roder les organismes et les organisations. Nous avons sillonné le Nord-Ouest de l’Isère sous une pluie bien présente. Entre le Cirque de St-Même et le Grand-Ferrand, entre la Chartreuse et le Dévoluy, en contours pré-alpins des massifs sérieux, en naviguant le Rhône et en traversant le Vercors : 400km en vélo (VTT et électrique), en kayak, à pied, seul ou (bien) accompagné.

Les heures et les jours passent plutôt vite quand on les occupe à être en faisant, en marchant, pédalant, pagayant gaiement. Et pourtant, on remarque combien, au cœur de l’organisation d’un tel projet, il devient difficile de vivre la prise de temps. C’était un des objets de ce tour : prendre le temps de se poser des questions, de partir à la rencontre de chez soi, de soi, des autres… de ceux et celles qui avancent et de ceux et celles qui aident, hébergent, accompagnent, organisent, portent, soutiennent…

Ces vingt premiers jours d’efforts ont été riches en rencontres :

  • 10 familles différentes ont accueillis Théophile et ses compagn-e-ons éventuel-le-s, offrant le gite, la chaleur humaine et physique pour essuyer les os et laines mouillés. Qu’il nous soit déjà permis de les remercier bien fort !
  • Théophile a partagé le chemin avec 25 personnes différentes.
  • Plus de 50 personnes ont participé aux deux événements collectifs tout public : à Revel-Tourdan et au Mont-Aiguille.
  • Une quinzaine de personnes dans l’équipe du Tour pour assurer son organisation pratique et logistique.

C’est merveilleux non ?! Tout ce petit monde qui se rencontre et qui se démène en échangeant autant sur la bonne tenue d’une cape de pluie que sur la faisabilité pratique d’une alimentation sans pesticide à kilomètre zéro, ou sur l’épaisseur spirituelle du voyage à la maison. Un voyage, on se dit, c’est pas aller loin et y aller vite, mais accepter de sortir de soi pour aller, un temps, vers ce qui nous est étranger. Et si l’étranger commence au pas de sa porte, alors on se dit qu’on peut voyager partout, ici et ailleurs. Cette centaine de personnes affairées ressemblent curieusement à une bonne centaine de voyageurs.

On a pas vraiment tout fait comme on aurait voulu… y a même eu un ravito en voiture et un repas avec du pain issu de l’agriculture conventionnelle ! Brrr…

On s’en est remis. On voudrait faire mieux, toujours, mais ça aussi on essaye de l’apprendre. Comment se satisfaire à l’intérieur des limites ? A l’intérieur des limites physiques et énergétiques du monde autant qu’à l’intérieur des limites de chacun-e ?

Le Tour n’avance pas à la vitesse de Théophile. Le Tour avance à la vitesse moyenne d’organisation et de motivation d’un collectif bénévoles de 15 inconnu-e-s qui deviennent des ami-e-s et de quelques dizaines de complices rencontré-e-s sur la route.

On avance à la vitesse de la rencontre.

Faire Pause

Elle nous fait du bien cette pause ! Elle donne du relief (et on s’y connaît en relief, vous allez voir bientôt) pour apprécier ce que nous construisons et cheminons ensemble. Au cœur de l’activité, on a pas toujours le recul nécessaire pour apprécier ce que nous sommes en train de faire.

Cette pause, obligatoirement prévue pour que Théophile passe son CAPES, remet d’aplomb un physique éprouvé et une organisation très sollicitée.

La pause digère l’activité. Arrêtons de cheminer, regardons ce qu’on a fait et envisageons, à partir de cela, la suite. Nous, 15 bénévoles qui assurons le roulement du Tour, nous pouvons souffler une semaine. Et ainsi se retrouver. Au cœur du « faire » de la logistique, se souvenir que l’on vit également « l’être » d’un voyage de transitions.

C’est beau hein ? Mais c’est pas évident. Parce qu’on cravache pas mal par ailleurs, chacun-e d’entre nous, et parce qu’on a sérieusement les yeux tournés vers ce qui nous attend. Parce qu’on est dans l’espace de transition d’un voyage de transition qui nous en demande, de dedans à dehors, des petits bouts de transition. La pause entre les deux parties du tour signe également un saut vers les hautes montagne du paysage isérois. Un saut également dans les difficultés techniques et logistiques du parcours. De la pagaye et de la roue, on passe aux piolets et aux crampons. Les étapes d’alpinisme approchent, et avec elle un peu de l’appréhension et de l’enthousiasme d’aller vers la haute montagne qui nous inspire et nous aspire.

Et nous fait dire : mais où l’on peut ravitailler entre le Pic des Souffles et les Rouies, bon sang…, il manque un compagn-e-on (solide alpiniste) de cordée la première semaine de juillet, zut…, si cette météo se stabilisait ce serait pas plus mal, tout de même…, faut alléger les sacs, absolument…, on y va, aller !, on y va ?

Vers la montagne

Pour la suite, faudrait repartir du Grand Ferrand, que la pluie nous a fait raccourcir, et aller ensuite se frotter aux dernières neiges des Écrins (les coquines). Une autre paire de manche pour Théo et ceux/celles qui fouleront les cailloux (et la neige, donc).

Pour la suite, faudrait qu’on trouve des points de rencontre. Ça va être chaud de trouver Théo sur ces arêtes effilées… Suivez bien le truc, on va essayer d’organiser des rencontres en refuge, de le faire descendre à la Bérarde pour parler de la montagne, etc.

Pour la suite, faudrait allier intensité et prise de recul, engagement et bon sens, éloignement et proximité… va falloir se faire hommes et femmes véritables au cœur des paradoxes qui tendent nos désirs et nos réalités (où sont mes limites ? quelle est la place du renoncement ? Quelle véritable confiance je peux avoir dans l’autre, quand c’est la vie qui est en jeu et non plus seulement une heure de sommeil ?).

Pour la suite, faudrait rejoindre les pas de Lionel Daudet, puisque nous ferons limite commune avec les Hautes-Alpes (département donc ce cher Lionel a parcouru déjà la frontière, nous inspirant pas qu’un peu). Suivre ses pas mais suivre les nôtres, car la beauté et le sens de ces aventures, c’est bien qu’elles soient construites sur ce qui constitue au plus profond celui, celle-s ou ceux qui les réalisent. Notre richesse se cultive dans ce qui nous fait uniques, quelques soient les ressemblances et les différences. Il y a de l’irréductiblement particulier dans toute expérience humaine. L’attachement à ce particulier nous amène à prendre conscience de ce que l’on fait et à ne pas trop se laisser dicter nos vies par la machine à unifier.

La complexité humaine de cette œuvre collective s’affronte comme une rude voie d’alpinisme. Comment ne pas s’emmêler ? Comment arriver à trouver encore et toujours le goût dans un engagement aussi totalisant ? C’est simple si on est là, pas trop loin, et qu’on arrive à vivre ensemble. On savoure le mélange du simple et du complexe qui parfois nous fait foirer et parfois exulter.

Pour la suite, faudrait que vous veniez, on se raconterait des choses.

On repart tout bientôt… du Grand-Ferrand, puis Corps, puis les Ecrins… en attendant, on prends des vélos, des trains et des bus pour aller porter en montagne (la Bérarde, La Chapelle-en-Valgaudemar…) des dépôts de vivres (bio) et de matériels.

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